L’interprétation du texte – 1- Comprendre

Par Mariana Lima*

 

  1. Comprendre

Comprendre est expliciter le sens d’un texte, c’est-à -dire élucider ce que dit le texte.

Il ne faut pas se contenter d’une compréhension littérale, limitée au sens des mots du texte . Il est essentiel d’être capable de faire des inférences, de percevoir les aspects implicites d’un texte, aussi bien que de situer le texte dans son contexte historique/politique/ idéologique/ esthétique, etc. On parle alors de compréhension fine.

Cependant, pour déduire ou induire des informations complémentaires à ce qui est explicite dans le texte, il faut combiner deux niveaux de compréhension : non seulement résumer les idées et/ou les informations présentées dans le texte mais aussi identifier les informations implicites et en saisir la portée symbolique. Cette sensibilité est fondamentale aussi bien pour réussir les tests vrai/faux que pour l’épreuve écrite.

Baixe o conteúdo desse post: Comprendre et interpréter

 

Ex. :Épreuve écrite, CACD 2013

 

Qu’est-ce qu’une puissance au XXIe siècle ?

 

Avant de tenter d’éclairer cette question, il convient de s’entendre sur les concepts. Celui de puissance, qui s’applique à toute unité active et en particulier à toute unité politique, est l’un des plus discutés dans la littérature. Il prête à beaucoup de confusion. Je commencerai donc par préciser ma propre interprétation. Il importe de distinguer entre pouvoir et puissance. J’appelle pouvoir d’une unité active la capacité de mobiliser ses ressources dans des directions déterminées, et potentiel l’ensemble des objectifs virtuellement atteignables par cette mobilisation.

La notion de puissance concerne le passage du virtuel au réel, c’est-à-dire le passage à l’acte, à la fois discontinuité et choix. Toute unité active dispose de ressources. Dans la littérature américaine, on parle souvent des resources of power, sans d’ailleurs distinguer, s’agissant du mot power, entre pouvoir, potentiel et puissance. L’Organisation qui dirige l’unité active exerce, par définition, le pouvoir collectif. Typiquement, le Gouvernement pour un Etat. Cette Organisation peut elle-même s’analyser comme une unité active et ainsi de suite, comme des poupées gigognes. L’identification du potentiel est un travail qualitatif auréolé d’incertitude, qui repose sur une analyse de l’environnement et sur une réflexion concernant le croisement des stratégies, celles de l’unité active en question, et celles de ses partenaires comme de ses opposants. Sans ressources, il n’y a ni pouvoir ni potentiel. Une unité active peut disposer de ressources sans être capable de les mobiliser dans une direction voulue.

Dans les deux cas, le problème de la puissance ne se pose pas. Naturellement, ces deux situations extrêmes n’existent pas dans la réalité. Toute unité active dispose d’un minimum de ressources et d’un minimum de capacité d’en faire usage. Mais on ne doit pas négliger le troisième cas, où l’impuissance provient non pas de l’absence de ressources ou de direction, mais d’un blocage dans une conjoncture particulière, face au passage à l’acte.

Répétons que le passage à l’acte, c’est-à-dire la transition du virtuel au réel, est toujours une discontinuité.Les ressources, humaines et matérielles, sont donc à la base de la puissance. Par ressources humaines, j’entends le capital humain dans l’acception pleine du terme, avec ses dimensions démographiques au sens large, mais aussi les forces morales, typiquement dérivées de la culture, de l’idéologie, de la religion ou des émotions. Un aspect essentiel de l’idéologie concerne les territoires, et constitue historiquement l’essence de la notion de géopolitique. […]

Ainsi entendues, les ressources humaines incluent le travail au sens économique, mais aussi les facteurs sous-jacents au soft power. Cette expression, forgée par le professeur Joseph Nye dans le contexte de ses travaux sur l’avenir de la puissance américaine, se réfère à la capacité d’obtenir des autres ce qu’on veut qu’ils fassent, sous le seul effet de la conviction. Le leadership en est le prototype. Le rayonnement des cultures et le mouvement naturel des idées en sont des manifestations plus diffuses. Le soft power est donc d’ordre psychologique et sociologique. Par contraste, le hard power concerne la mobilisation de ressources tangibles, lesquelles recouvrent évidemment une gamme très large de biens souvent complémentaires au soft power, qu’il s’agisse par exemple de faire de la propagande, de diffuser une culture, de menacer de faire la guerre ou de la faire effectivement. Je ne donne pas ces exemples au hasard, mais pour montrer qu’en pratiquele soft power est presque toujours associé à une dose de hard power.

Toujours inspiré pour forger de nouvelles expressions, Joseph Nye parle aussi de smart power pour qualifier ce type de couplage, où le hard power intervient en soutien au soft power et non l’inverse. Il fut un temps où l’Union soviétique excella dans ce domaine et, de nos jours, les exemples abondent. Je pense par exemple aux Jeux Olympiques. Les unités actives, en particulier les unités politiques, sont inégalement habiles face à l’exercice du smart power. En particulier, quand il s’agit de travailler sur leur image et leur réputation. […]

J’ai défini le pouvoir comme la capacité de mobiliser des ressources dans une direction déterminée. Cette mobilisation et cette direction sont décidées par une Organisation qui elle-même doit souvent être analysée comme une unité active avec sa propre Organisation et ainsi de suite. Ceci conduit à l’idée, essentielle dans les sociétés contemporaines — et certainement de plus en plus dans les prochaines décennies —, de ce que j’ai appelé les “usines de production des décisions”. Un aspect important de cette question est la tendance à l’organisation du pouvoir par ressource, et donc à une forme de séparation des pouvoirs, évidemment différente de celle de Montesquieu.

Ainsi parle-t-on couramment de la puissance économique, de la puissance militaire ou du pouvoir culturel. Chaque pouvoir est associé à une catégorie de ressources, mais aussi à une catégorie d’objectifs pensés comme susceptibles d’être atteints par leur mobilisation, à la limite indépendamment des autres ressources. La tendance au fractionnement, qui est liée à la technicité croissante de chaque domaine, ne s’arrête évidemment pas là. En économie, on distinguera par exemple la puissance industrielle et la puissance financière; dans les armées, entre la puissance terrestre, navale ou aérienne.

[…] L’imperfection de telles “usines” est reconnue, au moins depuis la thèse célèbre de Graham Allison sur la crise des missiles de Cuba . Par imperfection, j’entends les inefficacités mais, plus gravement, le risque de produire des décisions aberrantes ou catastrophiques. Je crois que cette question de la coordination des pouvoirs, qui touche à la fois au fonctionnement interne des Etats et aux différents modes de la coopération internationale, donc à la gouvernance mondiale à tous les niveaux, est l’une des plus importantes qui nous soit posée au XXIe siècle. L’enjeu a considérablement augmenté avec l’apparition du cyber-pouvoir, celui-là non spécifiquement militaire. Il s’agit de la capacité, pour toutes sortes d’unités actives, d’agir sur le “cyber-espace”, c’est-à-dire sur les systèmes de toute nature qui sont connectés directement ou indirectement via Internet. L’affaire Wikileaks a révélé la fragilité du secret diplomatique. Américains et Israéliens ont apparemment démontré leur capacité à intervenir sur les installations nucléaires iraniennes, ce dont beaucoup peuvent se réjouir, mais on parle moins de cyber-attaques quotidiennes dans le monde, qui font froid dans le dos.

Des scénarios cauchemardesques sont devenus concevables sinon probables, comme un accident majeur provoqué sur une centrale nucléaire, la neutralisation de tous les systèmes informatiques d’une banque ou d’un système de communication aérien, ou même l’assassinat à distance de patients porteurs d’équipements thérapeutiques digitalisés. La difficulté est que l’Internet s’est développé de façon épigénétique, de sorte qu’aucun plan n’a inclus les préoccupations de sécurité à son origine.

Aujourd’hui, le système est massivement asymétrique, en faveur de l’attaque. Je crains qu’on ne se trompe guère en prédisant l’occurrence d’une catastrophe majeure, tôt ou tard. Il est plus difficile d’en prévoir les conséquences, mais l’une d’entre elles pourrait être une tendance à la nationalisation du Web, ce qui est techniquement possible. Cette perspective n’est d’ailleurs pas la seule dans le sens d’un ralentissement de la mondialisation et d’un retour partiel aux formes plus classiques de la puissance.

Thierry de Montbrial, séance de l’Académie des sciences morales et politiques du 07/01/ 2013.

 

 

  • QUESTION 15

 

Dans quel domaine le Brésil peut-il, selon vous, accroître son rayonnement?

 

Veillez à bien tenir compte de la connotation très positive du mot rayonnement : il s’agit d’une qualité associée à la lumière et au feu,définie par le Larousse comme l’influence exercée par quelqu’un, un pays, en raison de son prestige.

Tout candidat bien préparé aura une réponse toute prête à cette question « sur le bout de la langue », pour ainsi dire ; cependant, il est vivement recommandé de toujours tenir en compte les idées du texte. Dans ce cas, l’auteur vise à définir la notion de puissance au XIXe siècle en faisant appel à certains concepts :

 

  1. La distinction entre pouvoir et puissance
  2. Les ressources humaines et matérielles
  3. Le soft power
  4. Les “usines de production des décisions”
  5. L’apparition du cyber-pouvoir

 

Il n’est évidemment pas nécessaire d’inclure toutes les idées principales du texte dans la réponse. Vous pourriez en choisir une ou deux et les mettre en rapport dans votre argumentation

 

  • soit avec des principes et des traditions de la diplomatie brésilienne ( la vocation pacifique du Brésil et la question de la puissance militaire ; l’Itamaraty en tant qu’“usine de production des décisions” et le rayonnement culturel…)

 

  • soit avec des sujets d’actualité ( le soft power et es grands évènements sportifs qui se préparent au Brésil ; le cyber-pouvoir et la convocation par le Brésil d’un sommet inédit en avril 2014 sur la gouvernance   d’internet à la suite du scandale des écoutes de la National Surveillance Agency américaine...)

 

*Mariana Lima é coordenadora pedagógica e professora de Francês do IDEG

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